Quand le pot aux roses a été découvert, Sha, on ne l’appelait plus alors monsieur Sha, a été licencié. Qu’à cela ne tienne, le directeur faussaire, sans se démonter le moins du monde, a fait fabriquer dans son usine des produits volontairement défectueux qu’il a introduits dans les emballages d’Asinco. Avant, ni vu ni connu, de les envoyer aux clients d’Asinco. D’où l’étonnement et la colère de ces derniers, qui décidèrent, in fine, de commander directement chez monsieur Sha. Citons cette mésaventure survenue à un riche PDG allemand fasciné par la Chine et qui logeait dans un quartier résidentiel très privilégié près de Shanghai . Un beau jour, notre PDG allemand s’est aperçu que son voisin le plus proche – il affichait un gros train de vie avec Porsche et tout ce qui va avec – ressemblait beaucoup à une silhouette déjà connue. Après enquête, ce jeune Chinois, la trentaine flamboyante, s’est révélé être son propre directeur des achats. Connaissant à peu près le salaire officiel de son cadre, le patron comprit vite l’existence d’un klein problème : il était, en effet, totalement impossible à son employé, qui ne gagnait guère plus de 1 500 euros par mois (ce qui est déjà énorme à Shanghai où le salaire moyen tourne autour de 300 euros mensuels), de se payer et la villa et la Porsche. En fait, cela n’était possible que grâce à la règle du dixième. Un procédé fort simple qui veut que 10 % du prix d’achat revienne au responsable des achats, y compris sur les marchandises les plus banales comme de simples trombones, par exemple. Il suffit qu’il commande 1 million de trombones à 10 centimes pièce, et voilà 1 million de centimes bientôt dans sa poche. Et tout est à l’avenant. Non écrite, la règle du « dixième » est néanmoins très pratiquée, en toute discrétion bien sûr. Les fournisseurs chinois l’appliquent d’ailleurs tout à fait naturellement et ne se plaignent jamais aux échelons supérieurs d’avoir à verser des dessous-de-table. Il est vrai que les fournisseurs intègrent cette commission dans leurs tarifs ou n’hésitent pas à la facturer en plus et versent directement la commission au directeur des achats. Ces derniers ouvrent souvent des comptes spéciaux à l’étranger, à Hong-kong, aux Bahamas ou aux îles Caïmans politique-info.org